Insonoriser une pièce dans un appartement pour en faire un home-studio
Le projet :
La pièce en août 2004, avant les travaux :
Il s'agissait d'insonoriser totalement une chambre de 12,50m² situé au rez de chaussée d'un appartement, lui-même situé à l'angle de l'immeuble. L'objectif étant de pouvoir faire de la musique amplifiée sans être entendu des voisins. Grâce à la disposition de la pièce, les seuls voisins se trouvaient à l'étage au dessus et de l'autre côté du placard.
Je vais donc détailler sur cette page les techniques et les matériaux utilisés pour arriver à mes fins. Je resterai concis avec photos à l'appui.
A gauche l'autre chambre, au fond et à droite l'angle de l'immeuble, donc personne aux alentours.
La porte donnant sur le couloir, à droite le mur de la chambre d'à côté. A gauche la fenêtre et le vaste placard avec, de l'autre côté, des voisins.
Le sol :
Personne n'habitant dans les caves en dessous, il s'agissait "juste" de s'assurer que le son aérien ne puisse pas se transmettre par la dalle du sol et se propager au mur latéraux et au plafond donc chez les voisins du dessus. Ayant choisi de poser du parquet stratifié à emboîter, j'allais poser avec des dalles de copeaux de bois qui ont la propriété d'isoler thermiquement et phoniquement (notamment bruits solidiens c'est à dire bruits de pas par exemple ou un objet frappé au sol). Toujours pour plus de pertinence, j'ai posé 2 couches l'une sur l'autre de ces dalles, absorbant ainsi tout éventuel son qui aurait pu se propager par la dalle.
En toute logique, il a fallu commencé par enlever les magnifiques papiers peint d'époque, démonter le radiateur (en profiter pour faire changer le robinet et la tête, d'époque donc bloqués). Premier problème, la plaque de placo située derrière le radiateur avait pris l'humidité au fil du temps, nous l'avons donc enlevé pour la remplacer plus tard par un doublage laine de roche + placo. Les problèmes ont commencé puisqu'il a fallu retrouver un autre système pour fixer le radiateur à l'emplacement exact où il se trouvait. Plus facile à dire qu'à faire...
Pour pouvoir insonoriser très efficacement cette pièce, j'ai dû faire de nombreuses recherches pour étudier le projet : il est ressorti une règle simple, plus les matériaux ajoutés sont lourds et épais, plus ils amortissent et absorbent les sons aériens. (Il ne s'agissait pas là de résoudre des problèmes de bruits "solidiens", comme des bruits de pas sur une dalle, mais bien des bruits transmis dans l'air, à savoir ici la musique.)
Après plusieurs avis, bien que les voisins ne se trouvent qu'au dessus et de l'autre côté du placard, il fallait tout de même isoler les murs qui allaient conduire les sons jusqu'à la dalle de béton du dessus. C'est le principe de la "boîte dans la boîte" : créer une pièce dans la pièce pour enfermer complètement les ondes sonores. J'ai donc décidé d'isoler le plafond bien sûr, mais aussi les murs, le sol également, le radiateur, la fenêtre, sans oublier les portes.
La fenêtre :
Etant donné qu'il s'agissait d'une fenêtre des années 70, simple vitrage, très abîmée car mal entretenue, j'ai décidé de la faire changer par une fenêtre en PVC avec double vitrage spécial isolation phonique. Une fois réalisée, cette installation a permis de n'avoir aucun bruit atteignant le trottoir situé en contre-bas de la fenêtre. Cette intervention est la seule qui a été réalisée par un professionnel. A l'époque le volet roulant en bois se trouvait dans un coffrage à l'intérieur de la pièce, j'ai dû combler ce vide ayant décidé de faire installer le volet à l'extérieur pour isoler au maximum : la moindre "fuite" d'air laissant alors passer le bruit. j'ai donc comblé avec de la laine de roche puis recouvert de placo jointoyé avec le mur.
10ième étape : boucher l'emplacement des vis à l'enduit - pose des bandes entre les plaques - réalisation des joints. Cela ne prend quelques mots à écrire, mais est assez long et fastidieux à réaliser, car il faut être minutieux et faire ce travail en plusieurs étapes qui s'étalent sur plusieurs jours.
Les murs :
J'ai utilisé des doublages laine de roche 8cm + plaques de placoplâtre BA10 (doublages à coller) et j'ai à nouveau ajouté une plaque de BA13 collée par dessus le doublage. Rien de bien compliqué, prendre les mesures de la hauteur de plafond, découper les plaques une par une, les encoller préalablement avec du MAP liquide, les coller au mur avec du MAP. Tout cela est plus long que difficile.
Il est difficile d'imaginer, mais il a fallu contrôler l'épaisseur de colle entre la porte et le doublage puisqu'il fallait que la porte soit d'un côté alignée contre le mur en doublage de placo et de l'autre contre l'ancien montant métallique contre lequel la large porte devait prendre appui pour se fermer. Cela se jouait donc au millimètre près. Comme on le voit sur la photo, cet espacement correspondait coup de chance à l'épaisseur d'une plaque de BA13, j'ai donc coincé des chutes tout autour de la porte entre le doublage et la porte en bois pour ne pas que le poids du doublage fasse s'écraser la colle et modifie l'épaisseur finale de la nouvelle porte. Tous ces détails techniques ne sont pas faciles à expliquer avec des phrases.
1er étape : traçage des lignes pour l'alignement des suspentes et des rails.
2ième étape : perçage de la dalle de béton pour y loger les chevilles qui vont accueillir les supports de suspente et les tiges filetées. Travail long, pénible et évidemment bruyant. Casque oblige...
3ième étape : vissage des supports de suspente. Nous y avons intercalé des bouts de mousse pour amortir encore un peu plus les vibrations.
Ensuite ce fut au tour du plafond :
J'ai décidé après avoir effectué quelques recherches de frapper fort, puisque c'est là qu'était le point sensible, les voisins ayant leur chambre au dessus. J'ai fait le choix de mettre 20cm de laine de roche compressée (en panneau rigide), puis de mettre 2 couches de plaques de plâtre BA13 l'une sur l'autre. La juxtaposition de BA13 ayant une incidence très significative sur l'atténuation sonore, j'ai préféré ne pas lésiner sur les moyens. L'épaisseur de la laine de roche compressée est très importante puisque c'est elle qui va amortir les sons et éviter qu'ils n'atteignent la dalle de béton jouxtant les voisins. Encore une fois, je n'ai pas mis d'eau dans mon vin et ai préféré "mettre le paquet", d'où les 20cm, quit à perdre une hauteur significative dans la pièce. De même, les cavaliers suspendant les rails sont des cavaliers acoustiques, c'est à dire en caoutchouc pour ne pas transmettre les vibrations du faux-plafond dans la dalle de béton de l'immeuble. C'est une accumulation de détails qui rend efficace et cohérent l'ensemble. Un merci à Marcellin le roi du plafond pour son aide technique et physique.
4ième étape : découpe à la meuleuse des tiges filetées sur lesquelles sont logés les cavaliers DB, à la hauteur voulue (20cm de laine de roche + 2 fois 1,3cm (pour les 2 plaques de placo = 22,6cm)
5ième étape : vissage des tiges filetées sur les supports.
6ième : le poids des doublages de laine de roche étant très important (panneau rigide achetés chez brico dépot par ballot), j'ai collé au MAP (mortier colle) la première couche sur le plafond. J'ai dû utiliser des étais le temps de la prise, la pièce ressemblant alors à un véritable chantier de construction...
7ième étape : vissages des cavaliers DB sur les tiges filetées et installation des rails de 5 mètres coupés à la longueur de chaque tracé.
8ième étape : mise en place au travers des rails de la deuxième couche de panneaux de laine de roche. Pas facile à faire glisser entre la première couche et les rails...
9ième étape : découpe et pose de la première couche de placo BA13 sur les rails. Nous avons utilisé des rondelles larges pour soutenir les vis et les plaques vu le poids conséquent que représente ce plafond. C'est ce qui est préconisé par le fabriquant lorsque l'on pose 2 couches de BA13 l'une sur l'autre. Puis découpe et pose de la deuxième couche de placo BA13.
Les portes :
Ce ne fut pas une mince affaire et j'aurai pu faire breveter mon système ! il a en effet nécessité de nombreuses recherches pour pouvoir aboutir. Il fallait isoler efficacement les portes, je voulais y coller des doublages, les mêmes que pour les murs. Le problème est que cela augmentait considérablement l'épaisseur et qu'il fallait avoir assez de place au niveau des paumelles pour pouvoir l'ouvrir. Ainsi, la porte de la pièce, ne s'ouvrait pas dans le bon sens. Je devais donc inverser le sens d'ouverture. C'était une porte vitrée, la vitre a été enlevée et l'intérieur a été comblée par de la laine de roche.
J'ai donc fait un trou dans la patte métallique et dans le placo et j'ai passé une vis la plus longue possible attaché à une cheville que j'ai coulé dans du MAP au niveau du mur pour maintenir la patte en place.
Du côté intérieur j'ai cloué et collé de l'isorel pour cacher l'ancienne ouverture causée par la vitre, de l'autre j'ai collé un doublage laine de roche/placo. Plus facile à dire qu'à faire, puisqu'il fallait que l'épaisseur coïncide exactement avec l'ancien montant pour que la porte puisse se fermer correctement. De plus se posait le problème des paumelles : une porte de d'une quinzaine de centimètres d'épaisseur a besoin de plus de place pour se mouvoir. J'ai donc fait souder (merci Yves) sur l'ancien montant en métal des pattes métalliques sur lesquelles nous avons soudé les paumelles afin de les éloigner du montant existant et que l'axe de fermeture se trouve au niveau du "nouveau" mur. Ces pattes étant d'une dizaine de centimètres, le poids était énorme déjà avec la simple porte, il fallait consolider l'ensemble pour qu'elles ne plient pas d'un côté au risque de faire céder les soudures.
La finition de la porte a été quelque peu compliqué car ce prototype était expérimental et pas simple à réaliser, de nombreuses finitions au MAP et à l'enduit ont été nécessaires.
Même finition que pour le plafond avec bande de papier et joints à l'enduit. Les murs, une fois terminés, ont été peints pour pouvoir être papiétés sans difficulté par la suite. ça commence à prendre forme...
Le même système a été adopté pour les 2 portes de placard avec le problème en plus de l'angle d'ouverture : essayez d'ouvrir 2 portes de 20 centimètres dont les angles sont droits et vous verrez que ça ne s'ouvre (ou ne se ferme) pas. J'ai donc taillé les doublages en biseau pour que la fermeture de la porte de droite se fasse en appui sur celle de gauche. L'expérience de la porte d'entrée de la pièce nous a permis de mieux réussir ces 2 là, qui sont parfaites ! Toujours dans le même souci d'efficacité, en plus des portes du placard, j'ai aussi doublé le mur du fond de ce même placard (doublage 8cm laine de roche + BA10) car la chambre des voisins se trouve de l'autre côté. C'est une sécurité supplémentaire sachant qu'en se trouvant dans le placard, on n'entend quasimment plus aucun son même quand le volume sonore est élevé. C'est très impressionnant ! ce doublage supplémentaire filtre donc les éventuels sont qui passeraient au travers de mes portes. Je le répète, toutes ces épaisseurs ont fait perdre de la superficie, mais c'est un choix d'efficacité.
Les finitions de doublage ont été plus compliquées au niveau des portes et de la fenêtre, car il fallait prévoir de disposer des plaques de plâtre pour cacher les champs, cela nécessitant là encore, mesures précises, découpes, collage.
Bien entendu de telles épaisseurs m'ont fait perdre de la surface dans la pièce, mais il n'y avait pas de compromis possible. J'ai donc préféré perdre de la place mais être sûr d'absorber au maximum le son.
La grande question : le jeu en vaut-il la chandelle ?en d'autre terme, est-ce efficace ?
Sans hésiter OUI ! au delà de mes espérances, il est possible de faire et d'écouter de la musique à volume relativement élevé et avec des très basses fréquences, sans gêner les voisins, même en pleine nuit.
Pour ne rien laisser au hasard, le radiateur (risquant de conduire les sons à travers les tuyauteries) a lui aussi été isolé : j'ai confectionné un coffrage en doublage laine de roche 8cm+BA10. Simple en soi à réaliser, sa forme a nécessité un nombre incalculable de finition (bande, enduit, etc) et ce coffrage s'est avéré très long à réaliser. Une fois terminé, je l'ai papiété. J'ai fait découper une vitre pour poser dessus, comme on le voit sur la photo. Je l'utilise (au final lourd et volumineux) de avril à novembre, c'est à dire durant les mois au cours desquels je peux me passer de chauffage dans la pièce. Le reste du temps, je le déplace pour laisser accessible le robinet du radiateur.
Petit inconvénient :
Pour une pièce si bien isolée, une ventilation voire une climatisation aurait été la bienvenue. En effet le matériel électronique chauffe beaucoup, de plus l'isolation phonique est une très bonne isolation thermique, ainsi, au bout d'une heure l'air est presque irrespirable, il faut donc fréquemment aérer quelques minutes pour retrouver un peu d'oxygène. Cependant, pas de regret, j'avais pensé à cela durant les travaux mais je ne pouvais pas prévoir une évacuation d'air à l'extérieur. Je ne pouvais en effet pas faire un trou dans le mur de l'immeuble. Il y avait là un problème insoluble. Seule solution : aérer !
Petit plus :
La pièce en mai 2005, après les travaux :